« Préfère-la » sur la fidélité par Jean Chrysostome

Tout ce qui est d’ici-bas est court et fragile,
mais, si nous avons su nous rendre dignes de la bonté de Dieu, au sortir de ce monde,
nous serons éternellement avec le Christ, éternellement l’un avec l’autre, dans une joie sans limites.

Ton amour me ravit par-dessus tout, et rien ne me serait pénible et odieux comme d’être en désaccord avec toi.
Quand il me faudrait tout perdre, devenir plus pauvre qu’un mendiant, encourir les derniers périls, tout souffrir,
rien ne me coûtera, rien ne m’effraiera, si je possède ton amour, et je ne souhaiterai des enfants que le jour où tu partageras ma tendresse…

Quels biens, quels trésors auraient la même valeur, aux yeux d’une femme, que de telles paroles?
Ne crains point que ton amour ne lui inspire du mépris à ton égard; n’hésite pas à le lui confier….

Montre-lui que tu attaches un grand prix à sa compagnie et que tu aimes mieux, à cause d’elle, être à la maison que sur la place; préfère-la à tous tes amis, aux enfants mêmes que tu as d’elle et que tu dois aimer pour elle…

Si elle dit: Ceci est à moi », réponds-lui: Que réclames-tu comme étant à toi ? » Je l’ignore. Je n’ai, moi, rien en propre.
Pourquoi dis-tu; c’est à moi, quand tout t’appartient?… Oui, tout est à toi, et moi aussi je suis à toi. »

Extrait de l’Homélie XX sur le chapitre 5 de la lettre au Ephésien par Saint Jean de Chrysostome.

Imaginez vous au V° siècle en présence d’un des plus grand évêque qu’ai connu l’Eglise, il commente, exhorte, enseigne à partir de l’Ecriture Sainte. Porté par l’Esprit Saint, il nous fait sentir le sens profond des paroles que Saint Paul écrit aux chrétiens d’Ephèse, grecs pour la plupart, ils vivent dans l’Empire Romain. Vous êtes assis, et vous allez recevoir des enseignements sur la vie chrétienne et conjugale, sur le mystère de l’Eglise et du Christ. Après avoir écouter cette longue homélie, vous rentrez chez vous et discutez avec votre compagnon de route de ce qui a résonné en vous. Bonne lecture.


Icône de Jean Chrysostome la « Bouche d’or » commentant l’Ecriture Sainte devenant source de vie.

Lecture de la lettre de Saint Paul aux Ephésien chapitre 5

01 Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.
02 Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant en sacrifice à Dieu, comme un parfum d’agréable odeur.
03 Comme il convient aux fidèles la débauche, l’impureté sous toutes ses formes et la soif de posséder sont des choses qu’on ne doit même plus évoquer chez vous ; 04 pas davantage de propos grossiers, stupides ou scabreux – tout cela est déplacé – mais qu’il y ait plutôt des actions de grâce.
05 Sachez-le bien : ni les débauchés, ni les dépravés, ni les profiteurs – qui sont de vrais idolâtres – ne reçoivent d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu ; 06 ne laissez personne vous égarer par de vaines paroles. Tout cela attire la colère de Dieu sur ceux qui désobéissent.
07 N’ayez donc rien de commun avec ces gens-là.
08 Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière – 09 or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité –10 et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.
11 Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt.
12 Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte même d’en parler.
13 Mais tout ce qui est démasqué est rendu manifeste par la lumière,14 et tout ce qui devient manifeste est lumière. C’est pourquoi l’on dit : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.
15 Prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages.
16 Tirez parti du temps présent, car nous traversons des jours mauvais.
17 Ne soyez donc pas insensés, mais comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur.
18 Ne vous enivrez pas de vin, car il porte à l’inconduite ; soyez plutôt remplis de l’Esprit Saint.
19 Dites entre vous des psaumes, des hymnes et des chants inspirés, chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur.
20 À tout moment et pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, rendez grâce à Dieu le Père.
21 Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; 22 les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; 23 car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps.
24 Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
25 Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, 26 afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ;27 il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée.
28 C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même.
29 Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin. C’est ce que fait le Christ pour l’Église, 30 parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture : 31 À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.
32 Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église.
33 Pour en revenir à vous, chacun doit aimer sa propre femme comme lui-même, et la femme doit avoir du respect pour son mari.


HOMÉLIE XX

Analyse.

1. Un sage, en énumérant diverses béatitudes, comprend dans le nombre le sort de « La femme qui s’accorde avec son mari ». (Sir. 25,1) …

1. Un sage, en énumérant diverses béatitudes, comprend dans le nombre le sort de « La femme qui s’accorde avec son mari ». (Sir. 25,1) Ailleurs encore il met au rang des félicités la concorde parfaite de la femme et du mari. Dès l’origine, Dieu a montré pour l’union conjugale une sollicitude particulière : il désigne l’homme et la femme comme ne faisant qu’un, par ces mots : « Il les fit mâle et femelle » ; de même ailleurs « Il n’y a ni homme ni femme ». (Gal. 3,28) En effet, il y a moins de rapport d’homme à homme qu’il n’y en a entre un homme et une femme associés par une union légitime. Voilà pourquoi, encore, un bienheureux voulant exprimer une extrême affection, et le chagrin que lui causait la mort d’un de ses amis les plus intimes, au lieu d’employer les mots de père, de mère, d’enfant, de frère, d’ami, dit : « Ton affection est tombée sur moi comme l’amour des femmes ». (1Sa. 1,26) C’est qu’il n’est pas, non, il n’est pas de sentiment plus impérieux que celui-là. Il y a d’autres affections vives : mais cette passion réunit la durée à la vivacité. Au fond de notre nature est un amour caché qui, par un secret instinct, opère cette union des sexes. C’est pour cela que, à l’origine, de l’homme est sortie la femme, et que, depuis, homme et femme procèdent de l’homme et de la femme. Voyez-vous cette association parfaite, cet entrelacement, par où Dieu a pourvu à ce qu’aucune essence étrangère ne pénétrât dans la nôtre ? Et voyez combien de soins il a pris. Il a permis que l’homme épousât sa propre sœur, ou plutôt sa fille, ou plutôt encore sa propre chair. Pour consommer entre eux une union parfaite, il a pris les choses à l’origine, comme lorsqu’il s’agit de bâtir. Il n’a pas fait la femme d’une autre substance, afin que l’homme ne vît pas en elle une étrangère ; et il n’a pas borné l’institution du mariage à ce premier couple, de peur que l’homme ne s’enfermât dans la solitude et ne vécût séparé de ses semblables. Et de même que les plantes les plus belles sont celles qui, s’élevant d’une souche unique, se développent en une quantité de rameaux, et s’il y avait beaucoup de racines, l’arbre n’aurait plus rien de remarquable ; de même, Dieu voulut que du seul Adam sortît toute notre espèce, nous contraignant par là de rester unis et associés. Et afin de resserrer davantage nos liens, il n’a plus voulu que l’on épousât sa sœur ni sa fille : car alors notre affection aurait été concentrée sur un objet unique, et ç’eût été parmi nous une autre cause de désunion. De là ces paroles : « Celui qui les a faits au commencement, les a faits mâle et femelle ».

C’est l’origine de grands maux, de grands biens aussi, pour les familles, pour les cités. En effet, la société humaine n’a pas de lien aussi fort que l’amour entre l’homme et la femme : c’est aussi la cause de bien des batailles et de bien des damnations. Ce n’est pas sans raison ni sans motif que Paul attache à cette union une si grande importance, et dit : « Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur ». Pourquoi ? Parce que si les époux sont unis, les enfants sont bien élevés ; les serviteurs, obéissants : voisins, amis, parents, profitent de la bonne odeur que répand ce ménage. S’ils sont désunis, tout est dans le désordre et la confusion : ainsi que tout est dans l’ordre quand les chefs vivent en paix, et que leurs dissensions provoquent une perturbation générale. D’où ces paroles : « Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur ». Mais quoi ! d’où vient donc qu’il est écrit ailleurs : Si quelqu’un ne renonce pas à sa femme, à son mari, il ne peut me suivre ? S’il faut être soumis comme au Seigneur, comment peut-il être dit qu’il faut renoncer pour le Seigneur ? Oui, il faut être soumis : mais le mot « Comme » n’indique point nécessairement parité. Ou Paul veut dire : Comme sachant que vous servez le Seigneur ; c’est ce qu’il indique ailleurs en disant que si l’on ne fait pas une chose pour son mari, il faut la faire pour le Seigneur ; ou bien encore : Quand vous cédez à votre mari, croyez que vous lui obéissez comme servante du Seigneur. En effet, si « Celui qui résiste à la puissance extérieure et civile, résiste à l’ordre de Dieu » (Rom. 13,2), à plus forte raison est-ce vrai de l’épouse insoumise. C’est ainsi que Dieu a statué dès l’origine. Représentons-nous donc le mari comme tenant le rang de chef ; la femme, comme occupant la place du corps. Ensuite il a recours au raisonnement : « Parce que l’homme est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église, et il est aussi le sauveur de son corps. Comme donc l’Église est soumise au Christ, ainsi le soient en toutes choses les femmes à leurs maris ». Après avoir dit : « L’homme est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église, et il est aussi le sauveur », il ajoute : « De son corps ». Car la tête est le salut du corps. Voilà le précepte de l’amour et celui de la protection établie pour l’homme et pour la femme : Paul assigne à chacun sa place, à l’un l’autorité et la protection ; à l’autre, la soumission.

2. « Comme donc l’Église est soumise au Christ » : l’Église, hommes et femmes ; « Ainsi le soient les femmes à leurs maris », comme à Dieu. …

2. « Comme donc l’Église est soumise au Christ » : l’Église, hommes et femmes ; « Ainsi le soient les femmes à leurs maris », comme à Dieu. « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église (25) ». Vous avez entendu quelle complète soumission il prescrit : vous avez approuvé et admiré Paul comme un homme supérieur et spirituel, pour avoir resserré ainsi notre société. Écoutez maintenant, hommes, ce qu’il exige de vous ; il recourt encore au même exemple : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église ». Vous avez vu jusqu’où doit aller l’obéissance : écoutez maintenant jusqu’où doit aller la tendresse. Tu veux que ta femme t’obéisse, comme l’Église au Christ ? Veille donc sur elle comme le Christ sur l’Église : Fallût-il donner ta vie pour elle, être déchiré mille fois, tout souffrir, tout endurer, ne recule devant rien : quand tu aurais fait tout cela, tu n’aurais encore rien fait de comparable à ce qu’a fait le Christ… Car avant de te dévouer pour ta femme, tu es uni à elle : tandis que le Christ s’est immolé pour ceux qui le haïssaient et l’avaient en aversion. Fais donc pour ta femme ce qu’il a fait pour ce peuple qui le haïssait, l’abhorrait, le méprisait, l’insultait ; sans menaces, sans injures, sans terreur, par l’unique instrument de son infinie sollicitude, il a amené son Église à ses pieds. De même, quand bien même ta femme ne te témoignerait que dédain, mépris, insolence, il ne tient qu’à toi de la ramener à tes pieds à force de bonté, d’amour, de tendresse. Car il n’y a pas d’attache plus forte, principalement entre homme et femme. Par la crainte on peut lier les mains à un serviteur, et encore ne tardera-t-il pas à s’échapper : mais la compagne de ta vie, la mère de tes enfants, la source de tout ton bonheur, ce n’est point par la crainte, par les menaces qu’il faut l’enchaîner, mais par l’amour et l’affection. Qu’est-ce qu’un ménage où la femme tremble devant le mari ? Quelle joie y a-t-il pour l’époux, quand il vit avec son épouse comme avec une esclave, et non comme avec une femme libre ? Quand bien même vous auriez souffert quelque chose pour elle, ne le lui reprochez pas : suivez en cela même l’exemple du Christ…

« Il s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant (26) ». Elle était donc impure, laide, vile, repoussante. Quelque femme que vous épousiez, elle ne ressemblera jamais à ce qu’était l’Église quand le Christ l’épousa ; il n’y aura jamais entre vous la distance qui séparait le Christ de l’Église : néanmoins le Christ ne prit point en horreur, en aversion cette effrayante laideur. Voulez-vous savoir jusqu’où allait cette difformité ? Écoutez Paul qui vous dit : « Vous étiez autrefois ténèbres ». (Eph. 5,8) Vous voyez si elle était noire : quoi de plus noir que les ténèbres ? Voyez maintenant son impudence : « Vivant dans la méchanceté et l’envie ». (Tit. 3,3) Et encore son impureté : « Indociles, insensés ». Que dis-je ? Elle était folle, elle blasphémait : néanmoins le Christ s’est livré pour cette épouse difforme comme si elle avait été la plus belle, la plus chérie, la plus admirable des femmes. C’est ce qui faisait dire à Paul étonné : « Certes, à peine quelqu’un mourrait-il pour un juste ». (Rom. 5,7) Et encore : « Si, lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous ». (Id. 8, 9) Le mariage accompli, il la pare, il la lave, il ne répugne pas à de pareils soins. « Afin de la sanctifier, en la purifiant par le baptême d’eau, par la parole ; pour la faire paraître devant lui une église glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais pour qu’elle soit sainte et immaculée (27) ». Par le baptême, il lave son impureté. « Par la parole », ajoute-t-il : quelle parole ? Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Et il ne se borne pas à la parer, il la rend glorieuse : « N’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable ». Recherchons donc, nous aussi, cette beauté, et nous pourrons en devenir les créateurs. Ne demandez pas à votre femme ce qui n’est point son fait. Ne voyez-vous pas que l’Église doit tout au Seigneur : c’est par lui qu’elle est devenue glorieuse, par lui qu’elle a été faite immaculée. Que la laideur de votre femme ne soit pas pour vous un motif d’aversion. Écoutez plutôt l’Écriture : « Petite est l’abeille parmi les êtres ailés, et son miel surpasse toutes les douceurs ». (Sir. 11,3) Votre femme est un ouvrage de Dieu ; lui manquer, c’est manquer à son auteur : l’injure n’est pas pour elle.

Ne la louez pas de sa beauté : louer, haïr, aimer pour ce motif, tout cela part d’une âme déréglée. Recherchez la beauté de l’âme imitez l’époux de l’Église. La beauté physique est une source intarissable d’orgueil et de vanité : elle provoque la jalousie, les soupçons outrageants. Mais elle a des attraits ? Oui, pour un mois ou deux, pour un an tout au plus : après quoi c’est fini, et l’admiration s’émousse par l’habitude, tandis que les maux engendrés par la beauté subsistent, je veux dire, l’orgueil, la vanité, la hauteur. Mais il n’en est pas de même pour les attraits d’un autre genre : l’amour légitime qu’ils inspirent subsiste dans sa vivacité, comme attaché à la beauté de l’âme, et non à celle du corps.

3. Qu’y a-t-il de comparable au ciel, dites-moi, de comparable aux astres ? Quelque corps que vous me citiez, il a moins de blancheur : vous ne me montrerez pas d’yeux qui aient un pareil éclat. …

3. Qu’y a-t-il de comparable au ciel, dites-moi, de comparable aux astres ? Quelque corps que vous me citiez, il a moins de blancheur : vous ne me montrerez pas d’yeux qui aient un pareil éclat. Quand ces objets parurent, les anges furent saisis d’admiration ; cette admiration, nous l’éprouvons aussi maintenant, mais non pas comme à l’origine. Tel est l’effet de l’habitude : elle émousse l’admiration : à plus forte raison, quand il s’agit d’une femme. De plus, survient-il une maladie, voilà tout le charme envolé. Cherchons dans une femme la bonté, la modération, la douceur : tels sont les signes de la vraie beauté ; quant aux attraits du corps, ne nous en inquiétons pas, et ne cherchons pas querelle à notre femme à propos de choses qui ne dépendent point d’elle : lui chercher querelle, ce, serait de l’impudence ; mais de plus n’éprouvons ni peine ni chagrin à ce propos. Combien d’hommes unis à de belles femmes ont péri misérablement ! Combien, dans d’autres conditions, ont poussé jusqu’à l’extrême vieillesse une vie constamment heureuse ! Nettoyons les taches de l’âme, effaçons les rides intérieures, guérissons les imperfections morales. C’est ce genre de beauté que Dieu recherche : rendons notre femme belle au gré de Dieu, et non pas au nôtre… Soyons indifférents à la fortune, à la noblesse mondaine, ne nous soucions que de la noblesse de l’âme : Que nul ne compte sur sa femme pour l’enrichir : ce sont là des richesses honteuses et mal acquises ; ne songez point à la fortune en vous mariant. Il est écrit : « Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans les convoitises insensées et funestes, dans les pièges, la perte et la ruine ». (1Ti. 6,9) Ne demandez donc point une grande fortune, et vous trouverez tout le reste facilement. Qui est-ce, dites-moi, qui laissera l’essentiel pour s’occuper de choses d’un moindre intérêt ? Hélas ! combien de fois cela nous arrive ! Avons-nous un fils ? nous ne nous occupons pas d’en faire un honnête homme ; mais de lui procurer un riche mariage : nous ne tenons pas à le bien élever, mais à le bien pourvoir ; si nous faisons un métier, nous ne songeons point à le faire honnêtement, mais à le rendre lucratif ; l’argent est tout : et si la corruption est partout, la faute en est à cette passion qui nous possède. « Les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps (28) ». Qu’est-ce à dire ? Paul recourt ici à une image plus forte, à un exemple plus frappant : et non seulement plus frappant, mais encore plus rapproché de nous, plus sensible, et équivalent à une nouvelle preuve. Le premier argument était moins pressant, on pouvait y répondre : c’est le Christ, c’est un Dieu qui s’est livré lui-même. Paul recourt alors à une autre méthode, en disant : « Ils doivent ainsi », Ce n’est plus une grâce, c’est une dette. Après avoir dit : « Leurs corps », il ajoute : « Car personne n’a jamais haï sa chair ; mais il la nourrit et la soigne (29) » : en d’autres termes, s’en occupe avec une grande sollicitude. Et comment est-ce sa chair ? Écoutez plutôt : « C’est maintenant l’os de mes os, et la chair de ma chair ». (Gen. 2,23) Et bien plus « Ils seront dans une seule chair ». (Eph. 5,31) « Comme le Christ a aimé l’Église ». Il revient à son premier exemple. « Parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os (30) ». Comment cela ? C’est qu’il participe de la même matière que nous, comme la chair d’Eve, de la chair d’Adam. C’est à bon droit qu’il nomme les os et la chair : car c’est ce qu’il y a d’essentiel en nous : les os sont comme le fondement, et la chair comme le reste de l’édifice.

Pour Adam et Eve la chose est claire, mais elle ne l’est pas autant pour le Christ et l’Église. – Paul veut dire que l’union doit être la même ici. Qu’est-ce à dire : « De sa chair ? » C’est-à-dire, légitimement issus de lui : Et comment sommes-nous ainsi membres du Christ ? Parce que nous avons été faits selon lui. Et pourquoi « De sa chair ? » Vous le savez, vous qui participez à nos mystères : car voilà ce qui nous régénère. Et comment ? Écoutez encore notre saint : « Parce que les enfants ont part à la chair et au sang, semblablement il a participé, lui aussi, des mêmes choses ». Mais ici c’est lui qui s’est associé à nous, ce n’est pas nous qui nous associons à lui : comment donc pouvons-nous être de sa chair et de son sang ? Quelques-uns parlent du sang et de l’eau : mais non : ce qu’il veut montrer, c’est que, comme le Christ a été engendré sans commerce par l’opération du Saint-Esprit, ainsi nous sommes, nous, engendrés dans le baptême. Voyez que d’exemples, pour nous convaincre de cette génération. O démence des hérétiques ! Ils tombent d’accord de la véritable génération, par l’eau, d’une chose déjà engendrée : et ils n’admettent pas que nous soyons le corps du Christ. Mais, si nous ne le sommes pas, comment accorder avec le reste ces paroles : « De sa chair et de ses os ? » Réfléchissez : Adam a été formé, le Christ a été enfanté : du flanc d’Adam est sorti le trépas ; du flanc du Christ est issue la vie dans le paradis a germé la mort ; sur la croix a été consommée la destruction de la mort.

4. Ainsi, de même que le Fils de Dieu participe de notre nature, nous participons, nous, de sa substance : et de même qu’il nous a en lui, nous l’avons en nous. « A cause de cela, l’homme laissera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme ; et ils seront deux dans une seule chair (31) ». …

4. Ainsi, de même que le Fils de Dieu participe de notre nature, nous participons, nous, de sa substance : et de même qu’il nous a en lui, nous l’avons en nous. « A cause de cela, l’homme laissera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme ; et ils seront deux dans une seule chair (31) ». Troisième argument : il montre que l’on quitte ses parents, les auteurs de ses jours, pour s’attacher à sa femme : et dès lors le père, la mère et l’enfant forment une chair unique résultant de l’union conjugale : car c’est la combinaison des semences qui produit l’enfant : de sorte que tous trois ne forment qu’une chair. De même, nous devenons une seule chair avec le Christ par la participation : et cela, encore bien plus effectivement que l’enfant. Pourquoi ? Parce qu’il en a été ainsi dès l’origine. Ne venez pas me dire que votre femme est comme ceci ou comme cela. Ne voyons-nous pas que dans la chair aussi nous sommes sujets à beaucoup d’imperfections ? L’un est boiteux, l’autre pied bot, un autre perclus des mains, un autre faible dans quelque autre membre : néanmoins, il ne se plaint pas de ce membre imparfait, il ne le retranche pas : souvent même il le préfère à tout autre : rien de plus naturel, il est le sien. – Paul veut donc que nous ayons pour notre femme autant d’affection que chacun en a pour soi-même : non comme participant de la même nature ; notre rapport légitime avec notre femme est plus étroit : il consiste en ce que nous ne formons plus deux corps, mais un seul, dont l’un forme la tête, l’autre le corps. – Et comment dit-il ailleurs que « Dieu est la tête du Christ ? » – Oui, de même que nous formons un seul corps, de même le Christ et le Père ne font qu’un. Il en résulte que le Père aussi est notre tête. Paul allègue deux exemples, celui du corps et celui du Christ : de là ce qu’il ajoute : « Ce mystère est grand : je le dis dans le Christ et dans l’Église (32) ». Qu’entend-il par là ? Il appelle ce mystère grand parce que le bienheureux Moïse, ou plutôt Dieu avait fait allusion à quelque chose de grand et de merveilleux. Il ajoute : « Je le dis dans le Christ », parce que le Christ aussi a quitté son Père pour descendre, pour venir vers l’épouse, et former un seul esprit : « Car celui qui s’unit au Seigneur est un seul esprit avec lui ». (1Co. 6,17) C’est fort à propos qu’il dit : « Ce mystère est grand » ; cela revient à dire : D’ailleurs l’allégorie ne détruit pas le précepte d’amour.

« Que chacun de vous donc aime sa femme comme lui-même ; mais que la femme craigne son mari (33) ». Oui, c’est un mystère, un grand mystère, qu’on oublie son père, l’auteur de ses jours, celui par qui on a été élevé, celle par qui on a été enfanté dans la souffrance, ceux a qui l’on doit tant, et à qui l’on est attaché par un commerce journalier, pour s’unir à une femme que l’on n’a jamais vue, avec laquelle on n’a rien de commun, et de la préférer à tout. Oui, c’est bien un mystère. Et cela ne cause aucune peine aux parents c’est le contraire qui leur en cause : il faut qu’ils se mettent en frais, en dépense, et néanmoins ils se réjouissent. Oui, c’est un grand mystère, qui enveloppe une sagesse ineffable. Dès longtemps Moïse l’avait prophétisé : et voici que Paul, à son tour, s’écrie : « Dans le Christ et dans l’Église ». D’ailleurs, cela n’est pas dit seulement en vue du Christ, mais encore en vue de la femme, afin que le mari en ait soin comme de sa propre chair, comme le Christ a soin de l’Église. « Mais que la femme craigne son mari ». Ce n’est pas seulement la tendresse qu’il recommande : il veut encore « Que la femme craigne son mari ». La femme est une puissance subordonnée. Qu’elle ne réclame donc point l’égalité : elle est au-dessous du chef. Et que d’autre part le mari ne méprise point en elle sa sujette : elle est le corps ; et si le chef vient à mépriser le corps, il se perd lui-même. Qu’il fasse donc de la tendresse un contre-poids à l’obéissance. Que tous deux soient, en effet, comme le chef et le corps ; celui-ci prêtant à l’autre, pour son service, les mains, les pieds, tous les autres membres : celui-là veillant sur le précédent, et concentrant en soi tout le sentiment. Rien de supérieur à une pareille union. Mais comment, dira-t-on, y aurait-il affection, s’il y a crainte ? Rien, au contraire, n’est plus propre à l’entretenir. La femme craint, mais elle aime ; elle craint son mari, en l’aimant, comme son chef ; elle l’aime comme un membre de son corps, attendu que la tête fait partie du corps entier. Si Dieu a donné l’autorité à l’un, prescrit à l’autre la soumission, c’est afin de faire régner la paix. C’est en vain qu’on chercherait la paix, là où règne l’égalité, soit que la famille reste sans maître, ou que tous y soient maîtres ; il y faut un pouvoir unique. Du moins cela est vrai des hommes charnels : car entre hommes spirituels, la paix régnera toujours. On a vu cinq mille âmes réunies, sans que personne réclamât aucun bien comme sa propriété, ni sortît de la dépendance commune : grande preuve de sagesse et de crainte de Dieu. Ainsi Paul a dit en quoi, consiste la tendresse, mais non en quoi consiste la crainte.

5. Et voyez comme il s’étend sur l’amour, et en rappelant l’exemple du Christ, et en insistant sur l’identité de chair, en disant : « A cause de cela, l’homme laissera son père et sa mère » ; sur la crainte, plus de détails. Pourquoi ? Parce que, ce qu’il veut voir régner surtout, c’est la tendresse. …

5. Et voyez comme il s’étend sur l’amour, et en rappelant l’exemple du Christ, et en insistant sur l’identité de chair, en disant : « A cause de cela, l’homme laissera son père et sa mère » ; sur la crainte, plus de détails. Pourquoi ? Parce que, ce qu’il veut voir régner surtout, c’est la tendresse. Qu’elle existe, tout le reste s’ensuit : en son absence, tout fait défaut. Celui qui aime sa femme, la trouvât-il médiocrement docile, saura tout supporter : pareillement, la concorde sera la chose du monde la plus difficile, si la liaison n’est pas resserrée par l’instinct impérieux de l’amour : quant à la crainte, elle ne saurait jamais produire un tel effet. Voilà pourquoi il insiste davantage sur ce point, qui est capital. Et en réalité l’avantage est pour la femme, à qui pourtant la crainte est ordonnée : l’obligation la plus essentielle est celle de l’homme qui doit aimer. Et si ma femme ne me craint pas ? dira-t-on. Aimez-la, payez votre contingent… Peu importe que les autres ne nous secondent pas : il faut obéir de notre côté. Par exemple, il est écrit : « Soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ ». Mais si les autres ne pratiquent pas cette soumission ? Eh bien ! obéissez, vous, à la loi de Dieu. Il en est de même ici : La femme doit craindre, ne fût-elle pas aimée, afin qu’aucun obstacle ne vienne d’elle : et l’homme doit aimer sa femme, n’en fût-il pas craint, afin de ne pas se mettre lui-même en faute : car chacun a son devoir particulier. Voilà le mariage selon le Christ, le mariage spirituel, la génération spirituelle, qui ne procède pas du sang, que n’accompagne point la douleur. De ce genre fut la génération d’Isaac : écoutez plutôt ce que dit l’Écriture : « Et les pertes de Sara avaient cessé ». (Gen. 18,11) Voilà le mariage qui ne procède ni de la passion ni du corps, le mariage tout spirituel que contracte une âme jointe à Dieu par des liens ineffables que lui seul connaît. De là ces paroles : « Celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit avec lui ». (1Co. 6,17)

Voyez-vous comme Paul s’applique à unir chair à chair, esprit à esprit ? Où sont les hérétiques ? Si le mariage était blâmé, l’Écriture n’emploierait point ces noms d’épouse et d’époux : elle ne dirait point en forme d’exhortation : « L’homme laissera son père et sa mère » ; elle n’ajouterait point : « Je le dis dans le Christ et dans l’Église ». En effet, c’est de l’Église que parle le psalmiste, en disant : « Écoute, ma fille, vois, penche ton oreille oublie ton peuple et la maison de ton père et le roi désirera ta beauté ». De là ces paroles du Christ : « J’ai quitté mon père, et je suis venu ». Mais ces mots par lesquels il annonce qu’il a quitté son Père, ne doivent pas vous représenter un déplacement pareil à ceux des hommes. On lit ailleurs qu’il est sorti, pour indiquer, non une véritable sortie, mais l’incarnation : c’est ainsi que doit être ici entendue cette expression, qu’il a quitté son Père. Pourquoi maintenant Paul n’a-t-il pas dit également de la femme. Elle s’attachera à son mari ? Pourquoi ? Parce qu’il parle de l’amour, et qu’il s’adresse à l’homme. Quant à elle, il lui parle de la crainte, et lui dit : « L’homme est le chef de la femme », et de plus : « Comme le Christ est le chef de l’Église » ; à l’homme, il parle de l’amour, il remet le sort de sa femme entre ses mains, il l’entretient du devoir d’aimer, afin de resserrer les liens de son attachement. Comment serait-il excusable, celui qui, après avoir quitté son père pour sa femme, délaisserait ensuite sa femme elle-même ? Ne voyez-vous pas de quel honneur Dieu a voulu faire jouir votre épouse, puisqu’il vous détache de votre père, pour vous enchaîner à elle ? Mais, dira-t-on, si je remplis mes devoirs, et que de son côté elle n’en fasse pas autant ? « Si l’infidèle se sépare, qu’il se sépare, car notre frère ou notre sœur n’est plus asservie en ce cas ».

Mais quand vous entendez dire. La crainte, c’est la crainte qui convient à une femme libre : n’exigez pas une crainte servile. Votre femme est votre corps : lui manquer, c’est vous insulter vous-même, c’est profaner votre corps : De quelle crainte s’agit-il ? De la crainte qui prévient les contradictions, les révoltes, l’ambition du premier rang : c’est entre ces limites que la crainte doit se tenir. Si vous aimez comme il vous est prescrit, vous la renforcerez : ou plutôt, ce n’est plus par la crainte que vous agirez : car la tendresse elle-même a son efficacité. Ce sexe est un peu faible ; il a besoin de beaucoup d’aide, de beaucoup de condescendance. Mais que vont dire ceux qui convolent en secondes noces ? Je ne dis pas cela pour les condamner : A Dieu ne plaise ! puisque l’apôtre les absout : je condescends au contraire à leur faiblesse. Pourvoyez à tous les besoins de votre femme, ne négligez rien pour ses intérêts, n’épargnez pas votre peine : c’est un devoir impérieux. Paul, ici, ne juge pas à propos d’invoquer des exemples mondains, comme il fait souvent. Celui du Christ est assez grand, assez frappant pour lui suffire surtout en ce qui concerne la soumission. « Il laissera son père et sa mère ». Voilà qui est emprunté au monde. Mais il ne dit pas : Et habitera avec elle, il dit : « S’attachera à elle », marquant par là une complète union, une vive tendresse. Et il ne s’en tient pas là par ce qu’il ajoute, il représente la soumission sous de telles couleurs, que les deux ne paraissent plus qu’un. Il ne dit pas : En esprit ; il ne dit pas : En âme. C’est chose évidente, et possible à chacun ; il dit : De telle façon qu’ils ne forment qu’une chair.

6. La femme est elle-même une puissance investie d’autorité et d’égalité en beaucoup de choses ; néanmoins, l’homme a toujours une supériorité. Voilà la principale sauvegarde du ménage. …

6. La femme est elle-même une puissance investie d’autorité et d’égalité en beaucoup de choses ; néanmoins, l’homme a toujours une supériorité. Voilà la principale sauvegarde du ménage. Car si l’homme a reçu le rôle du Christ, ce n’est pas seulement pour aimer, mais encore pour instruire : « Afin qu’elle soit sainte et immaculée » ; tandis que ces mots : « Chair », « Il s’attachera », regardent l’obligation d’aimer. En effet, si vous savez rendre votre femme sainte et immaculée, tout le reste s’ensuit. Cherchez les choses de Dieu, et les choses humaines vous viendront d’elles-mêmes. Faites l’éducation de votre femme ; c’est par là que l’union s’établit dans le ménage. Écoutez plutôt ce que dit Paul : « Si elles veulent savoir quelque chose, qu’elles interrogent à la maison leurs propres maris ». (1Co. 14,35) Si nous administrons ainsi nos maisons, nous nous rendrons aptes à diriger aussi l’Église : car le ménage est une petite Église. C’est par là que maris et femmes peuvent surpasser tout le monde en vertu. Songez à Abraham, à Sara, à Isaac, à leurs trois cent dix-huit serviteurs ; rappelez-vous quelle union quelle piété régnaient dans toute leur maison. Sara sut remplir le précepte de l’apôtre, et craindre son mari ; c’est elle-même qui dit : « Il ne m’est pas arrivé jusqu’ici, et monseigneur est vieux ». (Gen. 18,12) Quant à Abraham, il l’aimait au point de céder à toutes ses prières. Leur fils était vertueux, leurs serviteurs eux-mêmes, dignes d’admiration ; eux, qui ne craignirent point de partager les périls de leur maître, qui s’y associèrent sans hésitation, sans vaine excuse : que dis-je, l’un d’eux, le principal, était si accompli, qu’Abraham lui confia le soin de marier son fils unique, et le fit voyager à l’étranger. Quand un général a fortement organisé son armée, aucun ennemi n’ose l’attaquer : il en est de même ici ; lorsque femme, enfants, serviteurs, concourent au même but, une parfaite concorde règne dans le ménage ; au contraire, s’il n’en est pas ainsi, un mauvais serviteur suffit souvent pour tout ruiner, tout perdre ; et ce désastre général est l’œuvre d’un seul homme. Veillons donc avec grand soin sur nos femmes, nos enfants, nos serviteurs, bien convaincus que nous faciliterons par là l’exercice de notre autorité, et que nos comptes en deviendront plus légers, plus faciles à rendre, que nous pourrons dire : « Me voici avec les enfants que Dieu m’a donnés ». (Isa. 8,18) Si l’homme est accompli, si le chef est irréprochable, le reste du corps résistera à toutes les atteintes.

Ainsi donc, Paul nous instruit à merveille des obligations de la femme et de celles du mari : à la femme, il prescrit de craindre son mari, comme son chef ; à l’homme, d’aimer sa femme, parce qu’elle est sa femme. – Mais comment arriver là ? dira-t-on. – Paul a dit quel est le devoir : les moyens d’accomplir ce devoir, je vais vous les indiquer. Il faut mépriser les richesses, ne songer qu’à une chose, la vertu, et avoir la crainte de Dieu devant les yeux. – Ici s’applique tout aussi bien ce qui est dit au sujet des serviteurs : « Ce que chacun leur aura fait de mal ou de bien, il le recevra du Seigneur. S’il faut aimer sa femme, c’est moins en vue d’elle-même, qu’en vue du Christ. C’est ce que l’apôtre indique par ces mots : « Comme au Seigneur ». Que votre conduite soit donc en tout celle d’un homme qui obéit au Seigneur et fait tout en vue de lui : Voilà le moyen de gagner le cœur, de persuader, d’empêcher toute querelle et toute discorde. Que la femme n’ajoute foi à aucune dénonciation contre son mari. Que le mari ne croie pas inconsidérément et à la légère ce qu’on lui dit contre sa femme ; que celle-ci ne scrute pas avec curiosité les allées et venues de son mari, qui, de son côté, ne doit donner matière à aucun soupçon. Dis-moi, crois-tu qu’en te livrant tout le jour à tes amis, et ne paraissant que le soir auprès de ta femme ; tu pourras contenter son affection, écarter de son esprit la défiance ? Si elle se plaint, ne t’en fâche pas ; car ses plaintes prouvent sa tendresse, non son exigence : ce sont les cris d’un amour ardent qui craint qu’on ne lui ait ravi son bonheur, le premier de ses biens ; qu’on ne lui ait enlevé son chef, qu’on n’ait attenté à ses droits.

Ces craintes pusillanimes peuvent aussi avoir une autre raison ; il ne faut pas montrer une affection excessive pour ses serviteurs, pour les femmes en ce qui concerne le mari, pour les hommes en ce qui concerne la femme ; car c’est souvent un motif de défiance. Veuillez vous représenter la conduite des justes. Sara, elle-même, invitait le patriarche à prendre Agar ; Sara l’en pressait, personne ne pouvait vaincre la résistance d’Abraham ; bien que parvenu à l’extrême vieillesse sans avoir d’enfants, il aimait mieux ne devenir jamais père que de chagriner sa femme. Néanmoins, quand tout fut accompli, que dit Sara ? « Que Dieu juge entre moi et toi ». Est-ce que, si Abraham avait été un homme comme un autre, il ne se serait pas mis en colère ? Est-ce qu’il n’aurait pas levé la main en disant, ou à peu près : Que dis-tu ? Je ne voulais pas avoir commerce avec cette femme : c’est toi qui l’as voulu, et voici que tu me fais des reproches ? Mais il ne dit rien de pareil ; il dit seulement : « Voici cette servante entre tes mains, fais-en ce que tu jugeras à propos ». Il livra la compagne de sa couche, pour ne pas affliger Sara. Et pourtant il n’est pas d’union qui crée un lien aussi fort. En effet, s’il suffit d’une réunion à table pour réconcilier des brigands mêmes avec leurs ennemis (le Psalmiste dit « Toi qui goûtais avec moi les douceurs du repas »), à plus forte raison l’union de deux personnes en une seule chair (car c’est ce qui arrive pour celles dont la couche est commune), est-elle propre à faire naître l’affection. Aucune de ces considérations, néanmoins, ne triompha du juste : il céda à sa femme, montrant ainsi qu’il n’était pour rien dans ce qui s’était passé ; et, qui plus est, il renvoya Agar, enceinte. Qui n’aurait pitié d’une femme enceinte de ses œuvres ? Néanmoins, le juste ne faiblit pas ; car il faisait passer avant tout l’amour qu’il portait à sa femme.

7. Sachons l’imiter. Que l’un des époux, s’il est plus riche, ne reproche pas à l’autre sa pauvreté. L’amour de l’argent perd tout….

7. Sachons l’imiter. Que l’un des époux, s’il est plus riche, ne reproche pas à l’autre sa pauvreté. L’amour de l’argent perd tout. Que la femme ne dise pas à son mari : Homme timide et lâche, esprit paresseux et somnolent, tel autre à côté de toi, malgré la bassesse de sa naissance et de sa position, à force de périls bravés et de voyages entrepris, est parvenu à ramasser de grandes richesses ; sa femme, couverte d’or, parcourt la ville dans un beau char attelé de mules blanches, traînant après elle une troupe d’esclaves et d’eunuques ; et toi, tu n’es qu’un poltron, et ta vie est complètement inutile. Non, qu’une femme n’aille pas tenir ce langage, ni un langage pareil ; car elle est le corps, non pour commander au chef, mais pour lui céder et lui obéir. Et comment donc, dira-t-on, supportera-t-elle la pauvreté ? Où trouvera-t-elle des consolations ? Qu’elle se représente celles qui sont plus pauvres qu’elle ; qu’elle compte combien de filles nobles, loin de rien recevoir de leurs maris, les ont enrichis et se sont ruinés ; qu’elle songe aux périls qui accompagnent la richesse : et une vie libre d’affaires lui paraîtra le bonheur même. Mais à tout prendre, si elle aime son mari, elle ne lui dira rien de pareil ; elle aimera mieux l’avoir auprès d’elle, pauvre comme il est, que de posséder dix mille talents d’or, au prix des soucis, des inquiétudes, que les voyages causent toujours aux femmes. D’autre part, que le mari, importuné de ces reproches, ne se prévale pas de son autorité pour en venir aux injures et aux coups : qu’il exhorte, qu’il conseille, qu’il raisonne avec elle comme avec un esprit plus faible que le sien, que jamais il ne lève la main ; cela répugne à une âme libre : pas même d’injures ni d’invectives, qu’il corrige sa femme, comme un être inférieur à lui-même en raison. Comment y parvenir ? Si l’on sait en quoi consiste la vraie richesse, si l’on est initié à la philosophie céleste, on se gardera de pareils reproches… Que, le mari enseigne à sa femme que la pauvreté n’est pas un mal ; qu’il le lui enseigne, non seulement par ses paroles, mais encore par sa conduite ; qu’il lui inspire le mépris de la vaine gloire, et la femme ne dira, ne désirera rien de semblable. Que, l’entourant d’un pieux respect dès le premier soir qu’elle a mis le pied chez lui ; il lui enseigne la tempérance, la modestie, la douceur, à mener toujours une vie honnête, à ne pas aimer l’argent, à pratiquer la philosophie chrétienne, à ne pas charger d’or ses oreilles, son visage, son cou, à ne pas thésauriser en secret, à préférer une simplicité élégante aux vêtements somptueux et dorés, au luxe insolent. Loin de toi cet étalage théâtral ! Orne ta maison avec décence et bon goût, et qu’on y respire, en entrant, au lieu de parfums, la modération et la sagesse. Deux avantages, ou plutôt trois résulteront de là : d’abord la jeune femme ne sera pas affligée, la noce finie, de voir renvoyer à ceux qui les ont fournis vêtements, objets d’or, vases d’argent : en second lieu, l’époux n’aura pas à veiller à ce que ces objets ne se perdent point et soient tenus sous bonne garde. Le troisième avantage, et le plus essentiel, c’est que par là même il montrera ses sentiments, le peu de prix qu’il attache à tout cela, le soin qu’il prendra d’interdire tout ce qui y ressemble, ainsi que les danses, les chants licencieux.

Je ne me dissimule pas que je me rends peut-être ridicule aux yeux de quelques-uns en légiférant de la sorte mais si vous suivez mes conseils, avec le temps, quand vous en aurez profité, vous en saurez le prix : vous ne rirez plus, ou plutôt vous rirez de la mode actuelle ; vous verrez que des pratiques pareilles ne sauraient convenir qu’à des enfants sans raison ou à des hommes ivres : qu’au contraire, la conduite que je vous trace est celle de la décence, de la sagesse et du christianisme… Qu’est-ce donc que je prescris ? De bannir du mariage toute chanson licencieuse, satanique, tout refrain indécent, toute affluence de jeunes débauchés : voilà le moyen d’inspirer la pudeur à votre femme. Elle se dira aussitôt : Quel homme est mon mari ! il est philosophe, il compte pour rien la vie présente, il m’a épousée pour avoir des enfants, pour les élever, pour que sa maison soit gardée. Mais ces pensées déplaisent à une jeune femme : oui, le premier, le second jour : plus tard, c’est différent : elle trouvera un grand bonheur à jouir d’une sécurité parfaite. En effet, un homme qui ne supporte ni le son de la flûte, ni la vue des danses, ni la licence des chansons, et cela, au jour de son mariage, celui-là ne consentira jamais, certes, à rien faire, à rien dire de honteux. Ensuite, après avoir pris soin d’écarter du mariage tout cet appareil, commencez l’éducation de votre femme : laissez-lui longtemps ses craintes pudiques, ne les chassez pas d’un coup. Car la jeune fille la plus hardie reste un temps silencieuse, par réserve à l’égard de son mari, et par ignorance. Respectez donc d’abord cette réserve ; n’imitez pas l’empressement déréglé de certains hommes ; sachez attendre longtemps vous vous en trouverez bien… Pendant ce temps elle ne vous fera pas de reproches ; elle ne trouvera pas à redire à vos décisions.

8. Profitez, pour lui tracer des règles de conduite, du temps où la honte, semblable à un frein, l’empêche de se plaindre, de réclamer car elle n’aura pas plutôt son franc-parler, qu’elle sera libre de tout bouleverser….

8. Profitez, pour lui tracer des règles de conduite, du temps où la honte, semblable à un frein, l’empêche de se plaindre, de réclamer car elle n’aura pas plutôt son franc-parler, qu’elle sera libre de tout bouleverser. Quel temps pourrait être mieux choisi pour l’éducation d’une femme, que celui où elle rougit encore devant son mari, et n’a pas cessé de le craindre ? Usez de l’occasion pour lui tracer son devoir, et de toute manière, de bon gré ou à contre-cœur, elle vous obéira. Mais comment ne pas lui enlever cette pudeur ? En vous en montrant pénétré comme elle, en lui parlant brièvement, avec retenue et gravité alors vous pourrez lui parler de sagesse ; elle vous écoutera : inspirez-lui cette précieuse disposition, la pudeur. Si vous le voulez, je vous dirai en manière d’exemple, de quelle façon vous devez vous entretenir avec elle. Car, si Paul n’a pas craint de dire : « Ne vous frustrez pas mutuellement » (1Co. 7,5), s’il a tenu le langage d’un paranymphe, parlons mieux, d’une âme spirituelle : à plus forte raison ne refuserons-nous pas, nous, de tenir ce langage. Que faut-il donc dire à votre femme ? Dites-lui avec la grâce la plus parfaite : Chère petite fille, je t’ai choisie pour la compagne de ma vie, j’ai associé mon existence à la tienne, dans les choses les plus importantes et les plus nécessaires d’ici-bas l’éducation des enfants et le gouvernement de la famille. Qu’est-ce donc que je te demande ? Mais non : avant tout, entretenez-la de votre amour : car rien n’est plus propre à disposer celui qui nous écoute à agréer nos paroles, que la conviction qu’elles nous sont inspirées par une vive tendresse. Comment donc montrer votre tendresse ? En disant : Je pouvais épouser une femme plus riche, d’une naissance plus illustre ; je ne l’ai pas voulu, j’ai aimé tes vertus, ta douceur, ta pudeur ; ta modestie. Puis, arrivez aux discours de morale, dépréciez la richesse en prenant un certain détour. Car si vous vous étendiez sans précaution sur ce sujet, vous seriez importun : si vous saisissez une occasion, vous arriverez à vos fins. Votre discours semblera alors une apologie ; vous ne paraîtrez plus un homme dur, farouche, à vues étroites : et même, en vous entendant la prendre elle-même pour point de départ, votre femme sera charmée. Vous lui direz donc (puisqu’il faut revenir sur ce que j’ai dit) que, pouvant épouser une femme riche, vous ne l’avez pas voulu. Pourquoi ? ce n’est point par caprice, ni sans raison, direz-vous : c’est parce que je savais que la fortune n’est pas un bien, mais une chose méprisable, et qui échoit souvent aux voleurs, aux courtisanes, aux profanateurs de tombeaux.

Aussi ai-je tout dédaigné pour ne voir que les qualités de ton âme, que j’estime au-dessus de tous les trésors ; car une fille sage, de sentiments élevés, et pieuse, vaut le monde entier. Voilà pourquoi je me suis attaché à toi ; voilà pourquoi je t’aime et te préfère à ma propre vie, car la vie présente n’est rien ; mais je t’adresse mes prières, mes recommandations, et je fais tout pour qu’il nous soit donné, après avoir passé la vie actuelle dans un mutuel amour, d’être encore réunis et heureux dans la vie future. Tout ce qui est d’ici-bas est court et fragile : mais si nous avons su nous rendre dignes de la bonté de Dieu, au sortir de ce monde, nous serons éternellement avec Jésus-Christ, éternellement l’un avec l’autre, au sein d’une félicité parfaite. Ton affection me plaît par-dessus tout, et rien ne me serait aussi pénible que d’avoir en quoi que ce soit une autre pensée que là tienne. Quand il me faudrait tout perdre, devenir plus pauvre qu’Irus, encourir les plus extrêmes périls, tout souffrir, rien ne me coûtera, rien ne m’effraie pourvu que je possède ton amour, et je souhaiterai des enfants quand tu auras de la tendresse pour moi.

En outre, il faudra conformer votre conduite à ces paroles. Mêlez à cela les paroles apostoliques, dites : Ainsi Dieu veut que notre affection mutuelle soit resserrée. « À cause de cela, dit l’Écriture, l’homme laissera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme ». Loin de nous toute occasion de querelles : fi des richesses, des troupes d’esclaves, des honneurs du monde ! Voici pour moi le bien suprême. Quelles richesses, quels trésors auraient la même valeur, aux yeux d’une femme, que de telles paroles ? Ne crains point que ton amour n’inspire de l’orgueil à ta femme : n’hésite pas à le lui avouer. Une de ces courtisanes qui s’abandonnent tantôt à l’un, tantôt à l’autre, pourrait se prévaloir de ces paroles tendres pour opprimer ses amants ; mais une femme bien née, une fille de bonne maison, loin de se laisser enorgueillir par un tel langage, n’en sera au contraire que plus soumise. Montre-lui que tu attaches un grand prix à sa société, et que tu aimes mieux, à cause d’elle, être à la maison, que sur la place : préfère-la à tous tes amis, aux enfants mêmes que tu as d’elle, et que tu dois aimer pour elle. Si elle fait quelque chose de bien, il faut la louer, la féliciter ; si elle fait quelque sottise comme s’en permettent les jeunes femmes, avertis-la, rappelle-lui ses devoirs. Ne laisse pas échapper une seule occasion de t’élever contre la richesse et le luxe, de faire valoir la parure qui consiste dans la décence et la pudeur, de donner en un mot tous les conseils opportuns.

9. Faites vos prières en commun : allez chacun de votre côté à l’église : et qu’au retour le mari demande compte à sa femme, la femme à son mari de ce qui a été dit et lu… Éprouvez-vous quelque gêne ?

9. Faites vos prières en commun : allez chacun de votre côté à l’église : et qu’au retour le mari demande compte à sa femme, la femme à son mari de ce qui a été dit et lu… Éprouvez-vous quelque gêne ? Cite l’exemple de ces saints, comme Paul et Pierre, dont la gloire surpasse celle de tous les riches et de tous les monarques, et rappelle comment ils ont vécu en proie à la soif, à la faim : enseigne qu’il n’y a rien à craindre en ce monde, si ce n’est d’offenser Dieu. Un pareil mariage ne sera guère inférieur à la vie monastique ; de tels époux auront peu de chose à envier aux célibataires. Veux-tu donner un repas, un festin ? Au lieu d’inviter quelque libertin sans vergogne, va chercher un saint pauvre en état de bénir votre maison, d’y apporter, en entrant, la bénédiction de Dieu, et invite-le. Faut-il ajouter encore quelque chose ? qu’aucun de vous, mes bien-aimés, n’ambitionne de se marier avec une femme plus riche que lui : mieux vaudrait la choisir plus pauvre. Une femme riche vous apportera moins de jouissances par sa fortune que d’ennui par ses exigences, ses prétentions, ses grandes dépenses, ses paroles hautaines et méprisantes. Elle dira peut-être Je n’use rien qui soit à toi, je m’habille à mes dépens et sur les revenus qui me viennent de ma famille. Que dis-tu là ? Tu t’habilles à tes dépens ? quelle folie ! Ton corps ne t’appartient plus : et tu t’appropries les biens ! Une fois mariés, l’homme et la femme ne font plus qu’un, et vous auriez non pas une fortune commune, mais deux fortunes distinctes ! O fatal amour de l’argent ! Vous n’êtes qu’un même être, une même vie, et vous parlez encore du tien et du mien ! Parole exécrable et criminelle, inventée par l’enfer ! Dieu nous a rendu communes des choses plus nécessaires que les richesses ; il n’est pas permis de dire : La lumière est à moi ; le soleil est à moi ; l’eau est à moi ; les biens les plus importants nous sont communs ; l’argent seul ne le serait pas entre deux époux ! Périsse mille fois l’argent, ou plutôt, non : mais périsse cet attachement à l’argent, qui ne sait pas en user, et qui l’estime au-dessus de tout !

Apprends ces choses-là, avec le reste, à ta femme : mais avec une grande bonté. L’exhortation à la vertu a par elle-même quelque chose de trop sévère, surtout si elle s’adresse à une jeune personne délicate et timide. Quand donc tu t’entretiendras avec elle de notre philosophie, mets-y beaucoup de grâces, et cherche principalement à arracher de son âme le tien et le mien. Si elle dit : Ceci est à moi, réponds aussitôt : que réclames-tu comme étant à toi ? Je l’ignore : car, pour moi, je n’ai rien en propre ; et ce n’est pas telle ou telle chose, c’est tout ce qui t’appartient. Passe-lui donc cette parole. Ne vois-tu pas comme on fait avec les petits enfants ? Quand un enfant nous a pris un objet de la main, et veut en avoir encore un autre, nous les lui abandonnons tous les deux, et nous disons. Oui, cela est à toi, et cela aussi. Faisons de même pour la femme, car c’est une âme d’enfant. Si elle dit : Ceci est à moi, dis-lui : Oui, tout est à toi, et moi aussi, tout le premier, je suis à toi. Et ce ne sera pas flatterie, mais sagesse. Ainsi, tu pourras tour à tour apaiser sa fougue, et guérir son abattement. Il y a flatterie, quand on s’abaisse dans une intention coupable : ici au contraire, il n’y a qu’une grande sagesse. Dis donc à ta femme : Et moi aussi, je suis à toi, ma chère fille ; c’est le précepte que m’adresse Paul en disant : « Le mari n’est pas maître de son propre corps, mais c’est l’épouse ». (1Co. 7,4) Si je ne suis plus maître de mon corps, s’il t’appartient, à plus forte raison en est-il ainsi de l’argent. Par un tel langage vous la calmez, vous éteignez son courroux, vous faites honte au diable : enchaînée par ces paroles, votre femme devient plus soumise qu’une esclave achetée à prix d’argent. Apprenez-lui donc par vos discours à ne plus employer ces mots de Tien et de Mien. Jamais ne l’appelez par son nom tout court : flattez-la, marquez-lui des égards, une affection profonde. Honorez-la, et elle ne désirera pas d’autres hommages : la gloire extérieure aura peu de prix à ses yeux, si vous la glorifiez vous-même. Mettez-la au-dessus de tout en toute chose, en beauté, en intelligence ; et vantez-la. Par là vous l’amènerez à ne faire aucune attention aux étrangers, à dédaigner tout ce qui n’est pas vous-même. Enseignez-lui la crainte de Dieu : tout le reste s’ensuivra en abondance, et les prospérités rempliront votre demeure. Si nous cherchons les biens éternels, les biens périssables ne nous feront pas défaut : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par surcroît ». (Mat. 6,33) Que devront être les enfants issus de parents aussi vertueux ; les esclaves attachés au service de tels maîtres ; enfin, tout ce qui les approche ! Toutes ces personnes ne seront-elles pas, elles aussi, comblées de prospérités de tout genre ? En général, les serviteurs se modèlent sur leurs maîtres, affectent leurs passions, aiment ce qu’ils leur ont appris à aimer, parlent comme eux, vivent comme eux. Si nous travaillons à nous modeler ainsi nous-mêmes, les yeux fixés sur les Écritures, elles nous donneront les leçons les plus instructives : par là, nous pourrons plaire au Seigneur, passer vertueusement toute la vie présente, et obtenir enfin les biens promis à ceux qui aiment Dieu desquels puissions-nous tous être jugés dignes, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui gloire, puissance, honneur au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Mémoire de saint Jean, évêque de Constantinople et docteur de l’Église; originaire d’Antioche, il mérita, une fois ordonné prêtre, le surnom de Chrysostome (Bouche d’Or) à cause du fleuve d’or de son éloquence. Élu au siège de Constantinople, il se montra pasteur excellent et maître de foi, mais il fut envoyé en exil par la faction de ses ennemis. Au moment où le pape saint Innocent Ier le rappelait par décret, sur la route du retour, près de Comane dans le Pont, il rendit son âme à Dieu, le 14 septembre 407, victime des mauvais traitements que lui infligeaient les soldats qui le gardaient.

L’homélie XX se retrouve dans les Œuvres complètes de Saint Jean Chrysostome (éd. M. Jeannin, 1866), voir sur Wikisource.

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